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		<title>Vers Les Limbes incandescents</title>
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		<dc:creator>LM</dc:creator>


		<dc:subject>Kenneth White </dc:subject>
		<dc:subject>Laurent Margantin</dc:subject>
		<dc:subject>g&#233;opo&#233;tique</dc:subject>
		<dc:subject>Les Limbes incandescents</dc:subject>
		<dc:subject>En chemin avec Kenneth White</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;par Laurent Margantin&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://collegegeopoetique.com/blog/kenneth-white-et-la-geopoetique/" rel="directory"&gt;Kenneth White et la g&#233;opo&#233;tique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collegegeopoetique.com/mot/kenneth-white" rel="tag"&gt;Kenneth White &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collegegeopoetique.com/mot/laurent-margantin" rel="tag"&gt;Laurent Margantin&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collegegeopoetique.com/mot/en-chemin-avec-kenneth-white" rel="tag"&gt;En chemin avec Kenneth White&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collegegeopoetique.com/IMG/logo/kw_couv.jpg?1734786105' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1964 &#8211; Kenneth White a vingt huit ans, il est en France depuis cinq ans &#8211; para&#238;t &lt;i&gt;En toute candeur&lt;/i&gt;. Compos&#233; d'une premi&#232;re partie en prose (elle-m&#234;me subdivis&#233;e en trois chapitres, &#171; Les Collines matricielles &#187; , &#171; Les fournaises de la ville &#187;, &#171; Le monde blanc &#187;) et d'une seconde partie rassemblant une s&#233;rie de &#171; po&#232;mes du monde blanc &#187;, c'est un livre qui est une esp&#232;ce de bilan des ann&#233;es d'enfance et d'adolescence en Ecosse. Les ann&#233;es d'&#233;tudes &#224; Glasgow y sont &#233;galement &#233;voqu&#233;es, esp&#232;ce de &#171; saison en enfer &#187; dans une m&#233;tropole de la fin de l'&#226;ge industriel. Ce que veut d&#233;j&#224; le jeune Kenneth White, c'est aller au-del&#224;, ouvrir un nouvel espace. Ces quelques lignes du livre ont &#233;t&#233; d&#233;terminantes pour moi : &#171; Ce n'est pas la communication entre l'homme et l'homme qui importe, mais la communication entre l'homme et le cosmos. Mettez les hommes en contact avec le cosmos, et ils seront en contact les uns avec les autres. &#187; De quoi mettre &#224; bas tout un large pan de la culture contemporaine centr&#233;e sur la communication entre les hommes, pour se concentrer sur une po&#233;tique ouverte au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra attendre 1976 pour que Kenneth White publie un nouveau livre en France, et ce sera &lt;i&gt;Les Limbes incandescents&lt;/i&gt;, un &#171; r&#233;cit &#187; (on verra pourquoi je mets des guillemets) . Pourquoi avoir attendu douze ans pour publier ce livre ? White raconte lui-m&#234;me qu'il avait travaill&#233; &#224; sept manuscrits pendant toutes ces ann&#233;es, mais qu'il avait pr&#233;f&#233;r&#233; se laisser le temps avant de les publier. Dans son autobiographie &lt;i&gt;Entre deux mondes&lt;/i&gt;, il &#233;crit : &#171; Depuis un certain temps, je me trouvais dans une position particuli&#232;re : entre deux mondes, ayant br&#251;l&#233; les ponts avec la Grande-Bretagne, mais sans contact r&#233;el avec une maison d'&#233;dition fran&#231;aise, seuls des fragments de mon travail apparaissant &#231;&#224; et l&#224;, assez pour me faire conna&#238;tre de quelques lecteurs, mais pas davantage. Je n'&#233;tais pas press&#233; d'avoir du succ&#232;s, je m'en m&#233;fiais m&#234;me. Si je devais un jour &#234;tre connu du grand public, ce serait selon mes conditions &#187;. En 1975, Kenneth White envoya le manuscrit &#224; Maurice Nadeau qui dirigeait la revue les Lettres nouvelles o&#249; il avait d&#233;j&#224; publi&#233; des extraits des &lt;i&gt;Limbes incandescents&lt;/i&gt;, et ce dernier l'accepta aussit&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui m'int&#233;resse ici, c'est de revenir &#224; ces quatre textes mentionn&#233;s au d&#233;but du livre, textes publi&#233;s dans des revues prestigieuses (La Br&#232;che dirig&#233;e par Andr&#233; Breton, Les Lettres Nouvelles de Maurice Nadeau, et la NRF), mais qui, pour au moins deux, constituent une v&#233;ritable d&#233;couverte, car White est loin de les avoir enti&#232;rement repris dans &lt;i&gt;Les Limbes incandescents&lt;/i&gt;. Mais avant de revenir &#224; ces premiers &#233;crits, je souhaiterais me concentrer un moment sur ce deuxi&#232;me livre. Lu pendant mes ann&#233;es d'&#233;tudiant, alors que je d&#233;couvrais l'&#339;uvre de Kenneth White, il a &#233;t&#233; une grande source d'inspiration pour moi, un puissant stimulant litt&#233;raire, et je n'ai pas &#233;t&#233; d&#233;&#231;u par ma relecture, bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une diff&#233;rence substantielle entre &lt;i&gt;En toute candeur&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Les Limbes incandescents&lt;/i&gt; : tandis que dans le premier il est question, dans un chapitre, de Glasgow, le second se situe &#224; Paris o&#249; White a v&#233;cu dans sept chambres diff&#233;rentes au fil des ann&#233;es 60 et 70. Mais si le lieu o&#249; vit l'auteur &#224; cette p&#233;riode est important, c'est surtout l'&#233;volution personnelle, existentielle qui est au c&#339;ur de ce &#171; r&#233;cit &#187; divis&#233; en sept chapitres (correspondant au sept chambres qu'il a habit&#233;es). Dans la pr&#233;face, il &#233;voque d'ailleurs une esp&#232;ce de &#171; yoga &#187; qu'il a pratiqu&#233; en &#233;crivant ce livre : &#171; J'entends par &#171; yoga &#187; tout proc&#232;s de transformation du moi universalis&#233; d&#233;crit en ces termes dans le Pi Yen Lu (Recueil de la falaise bleue) : &#171; vagues blanches se brisant dans le ciel. &#187; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lieu des &lt;i&gt;Limbes incandescents&lt;/i&gt;, c'est donc la ville, &#171; une ville devenue hideuse &#187;. White retrouve &#224; Paris des aspects de Glasgow : usines d&#233;saffect&#233;es, quartiers p&#233;riph&#233;riques sinistres, et une s&#233;rie de &#171; paum&#233;s &#187; errant dans les rues, comme dans une pi&#232;ce de Samuel Beckett. On est l&#224; &#224; la fin de quelque chose, et, sous couvert de &#171; modernit&#233; &#187;, tout le monde semble s'en satisfaire. On est frapp&#233; par la tonalit&#233; surr&#233;aliste du premier texte des &lt;i&gt;Limbes incandescents&lt;/i&gt;, &#171; Notes d'un homme de rien &#187;. White, &#224; cette &#233;poque, lisait beaucoup Andr&#233; Breton, Paul Eluard et d'autres auteurs surr&#233;alistes. Comme eux, il aimait errer &#224; travers Paris, &#224; la recherche de la &#171; trouvaille &#187;. Cependant, on assiste dans ce texte &#224; un processus inverse : si les surr&#233;alistes partaient du r&#233;el pour aller vers le surr&#233;el (via le r&#234;ve, l'&#233;criture automatique, la rencontre fortuite), White semble partir du surr&#233;el pour aller progressivement vers le r&#233;el. C'est qu'&#224; l'&#226;ge dit moderne, en pleine soci&#233;t&#233; de consommation o&#249; l'individu est livr&#233; aux imp&#233;ratifs du march&#233; moyennant quelques loisirs souvent insiginifiants pendant son temps libre, le monde urbain a pris une dimension tout &#224; fait surr&#233;elle. Tout para&#238;t clocher, ne pas avoir de sens, rien ne semble r&#233;el : &#171; (&#8230;) ce n'est pas une r&#233;alit&#233;, l'&#233;tat de choses qui est le n&#244;tre aujourd'hui. &#199;a n'a pas le corps d'une r&#233;alit&#233;, &#231;a n'a ni la fibre ni le c&#339;ur d'une r&#233;alit&#233;. C'est un univers de distance et de s&#233;paration, un monde o&#249; se font suite ennui et catastrophe, d&#233;pourvu de profondeur et de continuit&#233; essentielle. Je veux la r&#233;alit&#233;. Tout ce que j'&#233;cris est en mouvement vers cette r&#233;alit&#233; &#187;. Pour exprimer ce sentiment que la r&#233;alit&#233; est absente, White recourt d'ailleurs &#224; des images davantage expressionnistes que surr&#233;alistes, notamment dans le choix de mettre en avant les couleurs du monde surr&#233;el (&#171; irr&#233;el &#187; devrait-on dire d'ailleurs, car on n'est plus dans la n&#233;gation que le d&#233;passement), monde qui l'entoure &#224; chaque instant : &#171; Les lumi&#232;res de la rue de la Ga&#238;t&#233; captent la fum&#233;e qui monte des maisons et la colorent en rouge, en vert, en bleu. On entend un enfant pleurer d'une fen&#234;tre jaune &#187; ; et plus loin : &#171; La Seine est jaune et noire. Les yeux remontent vers un chantier, pr&#232;s de la station du boulevard Victor, deux bulldozers rouges dans une mer de boue et la pluie tombant &#224; l'oblique dans la zone &#233;clair&#233;e en rouge par les feux de s&#233;curit&#233; &#187;. Ecriture expressionniste aussi quand le &#171; r&#233;el &#187; semble se d&#233;sarticuler partout o&#249; l'on regarde : &#171; Une femme &#224; figure de cartilage m&#226;ch&#233; donne des signes d'obsc&#232;ne jubilation chaque fois qu'on vient flanquer sur son bureau des volumes gros comme des b&#233;b&#233;s &#187;. Monde o&#249; l'homme, au quotidien, a perdu tout contact avec la r&#233;alit&#233;, o&#249; la vie est devenue monstrueuse, pareille &#224; un tableau expressionniste travers&#233;e par une foule bigarr&#233;e pouss&#233;e par les pulsions les plus basses. On sait par ailleurs que Kenneth White avait lu &lt;i&gt;Berlin Alexanderplatz&lt;/i&gt; (il en parle avec ferveur dans &lt;i&gt;Entre deux mondes&lt;/i&gt;), et on retrouve dans son Paris un peu de l'ambiance catastrophique du roman d'Alfred D&#246;blin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte urbain de &#171; fin du monde &#187; (ou &#171; fin d'un monde &#187;, dans la perspective plus optimiste ou disons possibiliste qui est celle de White), il suffit d'une sensation de r&#233;alit&#233; fugitive pour que commence autre chose : &#171; (&#8230;) la moindre bribe de r&#233;alit&#233; un peu grotesque pointant hors de l'engourdissement suffit &#224; me remettre d'aplomb &#187;. Ce peut &#234;tre la vision de harengs sur un march&#233; : &#171; Ils me donnent une impression de libert&#233;. Je les aime esth&#233;tiquement &#8211; l'argent, le bleu, le rouge vitreux autour des ou&#239;es &#8211; mais ce qui m'importe vraiment c'est la mer qui est en eux, l'atmosph&#232;re marine frissonnante autour d'eux &#171; . Et il ajoute plus loin : &#171; Ma libert&#233; est de gel et de neige &#187;. Il importe en effet de souligner que les sept chapitres des Limbes incandescents ont pour cadre l'hiver parisien, un hiver au froid vif (ressenti jusque dans la chambre mal chauff&#233;e o&#249; il faut malgr&#233; tout rester pour &#233;crire et traduire), un hiver qui n'en finit pas. Hiver &#171; existentiel &#187;, celui de l'auteur depuis son enfance sur la c&#244;te &#233;cossaise ou ses ann&#233;es &#224; Glasgow (sans parler d'une hiver extr&#234;mement froid &#224; Munich), hiver qui est celui de la m&#233;ditation et d'une po&#233;sie exigeante, naissant du froid. &#171; &#171; Avec moi c'est toujours l'hiver &#187; est une phrase r&#233;p&#233;t&#233;e plusieurs fois dans une m&#234;me page, avec une esp&#232;ce de fiert&#233;, comme si, au c&#339;ur du froid hivernal, se jouait l'essentiel du &#171; yoga &#187; &#233;voqu&#233; dans la pr&#233;face. Cette exp&#233;rience du gel et du froid est ambivalente chez White : on y souffre certes du sentiment de &#171; non-r&#233;alit&#233; &#187; d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, donc d'un certain mal-&#234;tre (ou non-&#234;tre), mais on y fait aussi la d&#233;couverte d'une existence plus profonde, ouverte au monde et au &#171; r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hiver est la saison o&#249; le po&#232;te fait l'&#233;preuve de la non-r&#233;alit&#233;, de la non-vie &#8211; d'une esp&#232;ce de mort : &#171; Je n'ai jamais &#233;t&#233; si mort de ma vie &#187;, peut-on lire dans les &#171; Notes d'un homme de rien &#187;, les plus sombres des Limbes incandescents. Plus loin, White &#233;crit qu'il se sent &#171; en pleine mort vivante &#187;, et il ajoute : &#171; (&#8230;) ma vie, ma mort, voil&#224; mon &#233;l&#233;ment &#187;. S'il n'y avait pas autant d'exp&#233;riences sensuelles et amoureuses au long de ces pages, on pourrait croire qu'il s'agit pour lui de pratiquer des exercices de mortification, mais c'est un vocable beaucoup trop chr&#233;tien pour cet esprit nietzch&#233;en qui se d&#233;finit comme un &#171; Hyperbor&#233;en &#187;. Physiquement, mentalement, le yoga whitien est &#224; la fois &#233;prouvant et jouissif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des jours et des pages, &#171; la r&#233;alit&#233; prend corps &#187;. Il ne s'agit pas d'une &#233;preuve uniquement spirituelle &#8211; White a des mots cinglants pour &#171; tous ces imb&#233;ciles qui parlent de l'Inde &#187; et versent dans le bouddhisme le plus gr&#233;gaire sans d&#233;velopper aucune r&#233;flexion personnelle &#8211;, mais d'un travail du corps-esprit. L'esprit devient corps, se concr&#233;tise par l'image po&#233;tique totalement reli&#233;e aux donn&#233;es les plus brutes du r&#233;el : rochers, oiseaux, oc&#233;an. Citons ce passage central des Limbes incandescents en entier : &#171; De quoi s'agit-il au fond ? D'entrer dans le champ des transmutations. Des graines pointent hors du jeu des choses (fatras), &#224; toi de les d&#233;velopper. Par l&#224;, c'est la r&#233;alit&#233; qui prend corps. Quand une chose est achev&#233;e, une autre pousse. Chaque croissance est en elle-m&#234;me un d&#233;lice. Et le produit final de la croissance de ces d&#233;lices, c'est la belle, claire et calme lumi&#232;re qui est la blancheur du &#8220;monde blanc&#8221; &#187;. Il est question d'un &#171; processus de r&#233;alisation &#187;, expression emprunt&#233;e &#224; un texte indien, le Hevajra. C'est d'ailleurs dans des citations d'&#339;uvres bouddhistes que le mot &#171; r&#233;alit&#233; &#187; appara&#238;t &#224; plusieurs reprises dans le dernier chapitre des Limbes incandescents, &#171; Le cabinet de la m&#233;ditation blanche &#187; : &#171; Ce domaine lib&#233;r&#233; du vide et du non-vide, voil&#224; la r&#233;alit&#233; &#231;iva&#239;te &#187; (Abhina Vagupta) ; &#171; La r&#233;alit&#233; a un go&#251;t merveilleux. On ne peut en dire la substance. Elle est hors de doute. Le s&#233;jour du bonheur. Le monde na&#238;t l&#224; &#187; (Saraha). Le mot &#171; r&#233;alisation &#187; aussi employ&#233; permet d'exprimer &#224; la fois l'acc&#232;s la r&#233;alit&#233; et la r&#233;alisation individuelle ; les deux vont ensemble ; pas de r&#233;alit&#233; sans r&#233;alisation du soi &#224; travers une s&#233;rie de transmutations qui lui font acc&#233;der &#224; un autre champ de la conscience, dans une grande ouverture au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les Limbes incandescents&lt;/i&gt; est le r&#233;cit d'un processus difficile et obscur, sans doute est-ce la raison pour laquelle White a mis du temps, sinon &#224; l'&#233;crire, du moins &#224; le composer. On se rend compte en effet que le livre est constitu&#233; de fragments assez disparates que l'auteur a d'abord publi&#233; en revue pour les r&#233;assembler diff&#233;remment, avec le d&#233;sir de rendre compte d'une &#233;volution existentielle et po&#233;tique plus profonde. Dans une note plac&#233;e au d&#233;but du livre, il est pr&#233;cis&#233; que &#171; certains fragments de ce livre, ont &#233;t&#233; publi&#233;s dans des revues &#187;, revues que nous avons cit&#233;es en introduction. Les quatre textes s'intitulent &#171; &#192; la lisi&#232;re du monde &#187;, &#171; Dix mille bourgeons jaunes &#187;, &#171; Journal d'un hyperbor&#233;en &#187;, &#171; Le d&#233;sert de Gobi &#187;. Or si ces deux derniers textes ont &#233;t&#233; pour une large part repris dans &lt;i&gt;Les Limbes incancescents&lt;/i&gt; (l'ordre des fragments pouvant varier), ce n'est pas le cas des deux premiers. Le premier texte publi&#233; dans les Lettres Nouvelles par Maurice Nadeau est en grande partie abandonn&#233; par White, qui ne devait plus trop s'y reconna&#238;tre. C'est en effet un texte qui, dans sa premi&#232;re partie, est particuli&#232;rement sombre et pessimiste. On peut y lire des phrases (tout &#224; fait inhabituelles par la suite sous la plume de l'&#233;crivain) : &#171; Depuis Hiroshima nous sommes tous citoyens de la mort &#187;, ou encore : &#171; La civilisation est une danse macabre &#187;. Voici comment est d&#233;peint Paris : &#171; Le cimeti&#232;re du P&#232;re Lachaise, o&#249; je mange mon d&#233;jeuner de pain et de ch&#226;taignes, est &#224; lui seul une ville mortuaire, avec ses avenues et ses maisons. Au milieu du Paris turbulent d'aujourd'hui on voit le Paris futur, le Paris hiroshimique &#187;. C'est un Kenneth White spenglerien qu'on d&#233;couvre dans ces pages (le nom de Spengler est cit&#233; quelques lignes plus loin), poussant la vision d'un &#171; d&#233;clin de l'Occident &#187; jusqu'&#224; son an&#233;antissement par l'arme atomique. Par la suite, la tonalit&#233; du texte change, une forme de nomadisme appara&#238;t, notamment avec la figure de Van Gogh qui &#171; quand il &#233;tait &#224; Paris, partait souvent, &#224; pied, en direction d'Asni&#232;res peut-&#234;tre, ou de l'Ile de la Grande Jatte, muni seulement d'une grande toile attach&#233;e &#224; son dos par des courroies &#187;. Et il pr&#233;cise le lien qu'il &#233;tablit entre lui, l'&#233;crivain, et le peintre Van Gogh : &#171; Il s'arr&#234;tait chaque fois qu'un motif l'attirait, le peignait sur sa toile, repartait, s'arr&#234;tait, peignait, divisant sa toile en autant de petites parties &#8211; si bien qu'&#224; son retour, il &#233;tait porteur d'un petit mus&#233;e, d'un carnet de notes peintes. C'est peut-&#234;tre ce que je fais ici. &#187; Plus loin, on retrouve ce passage repris dans Les Limbes incandescents o&#249; il trouve &#171; un vestige de vie et de libert&#233; dans les harengs &#187;. &#171; Tout ce que je peux esp&#233;rer, &#233;crit-il &#233;galement, c'est une sorte d'avant-go&#251;t de la R&#233;alit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le second texte &#8211; publi&#233; cette fois dans la revue surr&#233;aliste La Br&#232;che dirig&#233;e par Andr&#233; Breton &#8211;, on sent que White est pass&#233; &#224; autre chose. Il est de la m&#234;me ann&#233;e (1965) que le pr&#233;c&#233;dent, mais l'atmosph&#232;re y est d&#233;sormais printani&#232;re, comme &#224; la fin des &lt;i&gt;Limbes incandescents&lt;/i&gt;. La premi&#232;re moiti&#233; n'y est pas reprise, mais on retrouve la m&#234;me ouverture vers une r&#233;alit&#233; lumineuse qu'au bout des &lt;i&gt;Limbes&lt;/i&gt; : &#171; Je veux une litt&#233;rature qui me donne la sensation de vie, non pas la litt&#233;rature mort-n&#233;e dont le visage grimace absurdement, ni la litt&#233;rature en traitement. Non, simplement la litt&#233;rature-vie, la po&#233;sie-vie. Quelque chose de vivant. Il est encore possible de vivre. Allons, sortez la vie ! &#187; Et plus loin, on trouve l'image ch&#232;re &#224; White du &#171; monde blanc &#187; : &#171; C'est le monde blanc, les gars, c'est le printemps pr&#233;coce, et nous marchons. Nous sommes sortis de la salle d'attente maintenant : nous voil&#224; dans l'espace, et nous marchons, marchons avec le printemps &#8211; allons, venez maintenant, vous autres &#187;. Kenneth White s'est-il ouvert aux &#233;nergies surr&#233;alistes r&#233;solument tourn&#233;es vers la vie et la beaut&#233; du hasard, a-t-il entendu le &#171; Plut&#244;t la vie &#187; d'Andr&#233; Breton dans l'un de ces po&#232;mes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revenant &#224; ces quatre textes qui sont &#224; la source des &lt;i&gt;Limbes incandescents&lt;/i&gt;, on retrouve le mode de composition litt&#233;raire expos&#233; dans la pr&#233;face &#224; ce livre publi&#233; douze ann&#233;es plus tard : &#171; Quant &#224; la construction, j'ai souvent eu pr&#233;sent &#224; l'esprit le dessin d'un jardin de pierres japonais traditionnel &#8211; fait au petit bonheur, dirait-on, et cependant dot&#233; d'harmonie interne et de n&#233;cessit&#233;. J'ai dispos&#233; et redispos&#233; les pierres de ce jardin. Livrant parfois &#224; la pluie le lit des pierres pendant des mois, puis me remettant &#224; les bouleverser &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de composition lent et difficile (consistant en plusieurs phases de d&#233;compositon et recomposition) fait des &lt;i&gt;Limbes incandescents&lt;/i&gt; l'un des livres les plus travaill&#233;s et les plus essentiels de Kenneth White, livre qui s'inscrit d&#233;j&#224; dans le &#171; champ du grand travail &#187; &#233;voqu&#233; des ann&#233;es plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_63 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://collegegeopoetique.com/IMG/jpg/les-limbes-incandescents.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://collegegeopoetique.com/IMG/jpg/les-limbes-incandescents.jpg?1734786789' width='500' height='898' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Article paru dans En chemin avec Kenneth White, ouvrage collectif aux &#233;ditions Tarmac, janvier 2025.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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