La bibliothèque géopoétique contemporaine
mercredi 7 janvier 2026, par
Notre ambition, dans cette revue, est de revenir, malgré le contexte historique pour le moins négatif, aux lieux mêmes. Ce numéro – après un dialogue sur la géopoétique entre moi-même et Florence Trocmé – accueille tout d’abord une étude de Goulven Le Brech sur Kenneth White et Robinson Jeffers, poète installé sur la côte ouest des Etats-Unis, en un lieu isolé où il bâtit sa propre demeure et son lieu d’écriture (Tor House and Hawk Tower) à l’écart d’une humanité devenue trop bruyante. Deux philosophes – Martin Heidegger et Marc Bonneval – évoquent aussi la question du lieu, du lieu qu’on habite et qu’on a choisi d’habiter pour des raisons essentiellement poétiques, parce qu’il permet une certaine concentration de l’esprit. Ensuite, Patrick Joquel ouvre la marche, le vent se lève avec Nathalie Riera, et le chemin continue avec d’autres expériences de l’espace, plus mouvantes, plus complexes : celle d’un entre-deux entre la Bretagne et le Québec avec Rachel Bouvet et Laure Morali, un dialogue dans les Laurentides entre deux poètes québécois, Michel X Côté et Sébastien Auger, puis diverses pérégrinations géopoétiques avec Anne Cury-Koenig, Antoine Maine et moi-même, dans les parages du volcan du Piton de la Fournaise.
Fondateur de la géopoétique, Kenneth White (1936-2023) est l’auteur d’une œuvre immense composée à la fois de livres de poèmes, d’essais et de récits de voyage à travers lesquels se déploie une expérience singulièrement intense de la Terre. Lecteurs, amis, auteurs (souvent les trois ensemble), nous avons souhaité rendre hommage au grand poète franco-écossais à travers une série de textes voyageant aussi bien dans ses livres que sur nos propres chemins. Dans l’un de ses derniers ouvrages, il écrivait : « Pour ma part, je reste fidèle à la Terre, convaincu que cette situation extrême peut être le lieu d’une activité de l’esprit à la fois plus large et plus fine ». Cette activité de l’esprit continue ici, dans ces pages, mais aussi dans la Revue géopoétique internationale nouvellement créée.
...
il se pencherait un instant au-dessus du vide
et reculerait tout à coup
sur la plaine il verrait
d’anciens cratères éteints depuis des millénaires
acteurs de tant de désastres telluriques
effondrements effondrements
qu’il ne cesserait de reconnaître
partout autour de lui
des failles immenses parfois
se seraient produites en quelques heures
vallées profondes plus bas inexplorées
il ramasserait quelques scories
légères dans la main puis
les rejetterait soucieux de ne rien emporter
avec soi là où il irait
...
Inspiré par les photos de Josiane, Lucien écrit ses poèmes. Présentés en vis-à-vis, textes et photographies forment une poésie du jardinage. Ces Visions d’un jardin ordinaire sont un appel à la contemplation et à la célébration. Plus encore, la rigueur et la joie qui les ont forgées, la simplicité de leurs sujets invitent à un rapport au monde où se révélerait enfin l’urgente nécessité de la poésie, une poésie incarnée et vivante, permanente et presque immédiate, la dernière porte d’accès à la richesse de ce qui est. (Présentation de l’éditeur)
Ce livre est né au cours d’un séjour au Centre international d’art et du paysage de l’île de Vassivière. L’auteur arpentant deux mois durant le lac et ses parages, les paysages du Plateau de Millevaches et du Limousin, à partir de cette île boisée et lumineuse où il était alors en résidence.
Olivier Domerg écrit depuis de nombreuses années sur le paysage ou dans le paysage, et souvent également, devant lui ou au devant de lui. Plus d’une quinzaine de livres ont paru, abordant aussi bien des espaces urbains, des lieux multiples ou isolés, ou encore, des entités géographiques — ville, océan, fleuve, montagne ou département. Cette écriture du paysage se double parfois d’une collaboration avec la photographe Brigitte Palaggi.
Dans La méthode Vassivière, il est question de se tourner toujours vers ce qui s’ouvre, là où l’œil respire, la lumière du lac, en premier lieu, mais encore vers la mer moutonnante des lointains, à Sarran, Bessou ou Gargan ou sur les marches du Plateau, vers Saint-Setiers.
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Des dents tombent, une voix se casse, une autre émerge, celle de la permutation, de l’entre-deux. Sans remous, ce qui meurt poursuit son élan, créant des cycles, des saisons, des animaux, une forêt. En elle, un homme dresse l’inventaire de ses oiseaux, un fusil à la main, une caresse dans l’autre. Dans ce troisième recueil, Sébastien Auger allie puissamment poésie et philosophie, questionne ce qui, du vivant, hante nos mémoires dans cette traversée faite de collections. Les poèmes s’érigent comme une lisière avant la paix, l’aveu de ce qui ne peut être consigné que dans les carnets de celui qui observe.
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Une femme — ou est-ce un arbre — entre dans le bois pour ne jamais en ressortir. La forêt devient territoire d’amour, de jeux, de complicités renouvelées. Chaque oiseau murmure son appartenance au clan ; ils seront désormais seuls à migrer. Elle, se dépose. Ce qui pulse au cœur de la masse est tiède et moite et chaud. Ça éclate de rire. C’est un chant à l’aimé, comme un gibier offre sa vie avant l’hiver.
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Savons-nous où nous habitons vraiment ? La simple expression « regarder dehors » a-t-elle encore un sens en ces temps étriqués ? La voracité extractiviste est sans frein. Devant le peu d’échos que ça suscite en ce presque-pays, l’auteur se risque à tirer quelques fils — blancs ou barbelés, c’est selon — des cagoules idéologiques sous lesquelles nous nous croyons en sécurité.
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Premier numéro de la Revue géopoétique internationale paru en septembre 2024.
Troisième recueil de la collection METEOR, Antoine Maine vous propose un voyage en quatre saisons avec le Cerisier qui trône dans son jardin : des poèmes courts d’une grande délicatesse enrichis des magnifiques oeuvres du peintre japonais Hiroshi Tachibana.
Vallées, forêts et monts vosgiens à la lisière de la Lorraine et l’Alsace : Karine Miermont traverse ces lieux depuis une trentaine d’années, travaille à leur protection. Les sensations vécues dans ces espaces, les expériences et surtout le désir, la poussent à raconter les vies de ceux qui y habitent : arbres, herbes, lichens, pierres, eau, animaux, hommes et femmes : « Toutes ces présences qui ouvrent des récits, des histoires ». Par l’observation, l’analyse, de telle source, tel arbre, tel cerf, pourtant familiers, l’auteure s’ouvre à l’étonnement et à la contemplation. Si l’élément naturel sature chaque page de ce récit, ce n’est pas tant pour le décrire, faire état de recherches très précises que pour en relater l’expérience sensible, existentielle, et ainsi la mettre à portée du lecteur.
En 2020, Sandrine Cnudde traverse seule la région Occitanie à pied, notant ses observations et photographiant paysages, gens et animaux. Elle en profite aussi pour faire des lectures publiques de ses textes chez des habitants. Au retour, elle travaille la mise en forme de ses collectes révélant des espaces invisibles, des liens silencieux qui unissent les hommes à leur territoire.
Il y a sur le « banc » de Pierre Gondran dit Remoux une surprise presque un mystère.
A commencer par le titre sec, ramassé autour de ces quatre lettres, qui laissent entrevoir une écriture navigant entre sobriété et complexité.
Inutile de chercher des références, l’auteur les suggère latte après latte, dévoilant sa singulière approche poétique, adresse à la vie, à l’humain en rédemption.
Sa voix gratte de l’ongle la peinture du banc, lit, se pense banc, est le banc, prend racine à son pied tel un rhizome des songes.
Un archipel français au sud de l’Océan indien. Un océan agité pour accéder à ces îles appelées jadis « îles de la Désolation ». Du vent toute l’année. Une terre difficile qui accueille depuis les années cinquante une station scientifique. Des hommes venus là pour une mission d’un an, voire plus, afin d’observer la nature. Et puis lui, le dernier arrivé, le « littéraire » étranger aux activités qui l’entourent, préférant les livres. Du dedans au dehors, du livre au monde il existe pourtant un chemin, que le narrateur découvrira pas à pas, page après page aux îles Kerguelen.


